La ringuette et le diabète

J’aimerais vous faire part de mon expérience afin de faire réaliser une réalité avec laquelle certaines co-équipières et amies doivent vivre quotidiennement. Dans ma disons longue carrière de ringuette de plus de 25 ans, j’ai vécu un diagnostic de diabète insulinodépendant. Prenons quelques instants et retournons dans le temps…

J’ai 5 ans. Mon grand frère joue au hockey, comme tous les garçons de son âge. Je suis donc très souvent à l’aréna… Un jour, je vois des filles qui jouent à la ringuette.

« Maman, maman, papa, papa, je veux essayer ce sport qui semble très
amusant et excitant! ».

C’est alors en 1985 que j’ai commencé à jouer… Quel bonheur!

J’apprends donc à patiner et à jouer. J’aime tellement ça que j’invite quelques amies de l’école à venir essayer cette merveilleuse activité avec moi. Mes amis m’appellent même Miss ringuette pendant mes études primaires et secondaires!

Six ans plus tard, en 1991, je savais alors jouer et patiner. Mon amie gardienne de but et moi aimions beaucoup jouer ensemble. Elle encourageait sans cesse. Au mois de novembre de cette année-là, elle me disait toujours de patiner plus fort, pourtant j’avais l’impression de pousser toujours très fort et de donner toutes mes énergies. Elle percevait que je ne me forçais pas…

Je buvais alors beaucoup d’eau, je mangeais toujours mais je perdais énormément de poids. Je suis alors allé consulter le médecin qui a dit à mes parents que j’étais en semi-coma diabétique. QUOI? Qu’est-ce que c’est le diabète? Sans entrer dans le détail médical, le diabète est un problème immunitaire qui fait en sorte que le taux de sucre est trop élevé dans le sang et le corps est incapable d’éliminer cet excédent de sucre, ce qui fait en sorte que le corps fonctionne au ralenti.

Nous avons donc compris à ce moment pourquoi je patinais si lentement en 1991…

Après quelques ajustements, mon médecin m’a dit que l’exercice physique était excellent pour diminuer le taux de sucre dans le sang. J’ai donc continué la ringuette malgré ce changement.

Avec le diabète, on doit faire des tests de sang afin de s’assurer qu’on contrôle bien notre sucre, on doit faire attention à ce qu’on mange, ce qu’on boit et on doit se donner des injections afin de régulariser le tout…

Un diabète pour une enfant est une épreuve incroyablement difficile. Ente autres, on se sent différente parce qu’on doit faire attention à tout et on ne se croit plus enfant. On doit toujours être raisonnable…

Avec le recul aujourd’hui, je me rends bien compte que c’est une chance que j’aie eu le diabète et pas une maladie m’empêchant de jouer à la ringuette et de vivre ces petits bonheurs hebdomadaires!

En effet, le diabète nous aide à grandir en santé en mangeant bien et, par exemple, en ne prenant pas de slush après les parties, comme toutes les autres. On apprend aussi à s’écouter un peu plus. Et il faut s’écouter!

Il n’a pas été rare que je ne m’écoute pas et que je veuille toujours rester dans la partie, sans prendre le temps d’arrêter quelques instants afin de refaire mes énergies en prenant un jus. À ce moment-là, notre corps nous le dit de façon plus brutale, comme les jambes qui plient toutes seules, et nous n’avons alors plus le choix d’arrêter. Merci à mes co-équipières au fil des années et des équipes qui m’ont soutenue dans ces efforts incessants!

Joueuses diabétiques, continuez de contrôler votre glycémie et vous pourrez jouer encore longtemps et vivre une vie incroyablement remplie! J’ai toujours dit que le diabète n’est pas une maladie mais seulement un problème qu’il faut apprendre à surmonter.

Joueuses non diabétiques, aidez votre amie diabétique et ne la taquinez pas excessivement parce qu’elle apporte un jus derrière le banc au cas où… Elle n’a pas le choix et si elle ne le fait pas, elle ne pourra peut-être pas jouer toute la durée de la partie. Soyez compréhensives!

Alors voilà une carrière de joueuse diabétique qui a fait plusieurs championnats canadiens, les Jeux du Canada, les Jeux du Québec, etc. Soyez inspirées à continuer tout en apprenant à vivre avec les petits inconvénients d’un petit problème à surmonter…

Bonne vie de ringuette!

Isabelle Martin