La saison commence pour Le Royal de Bourassa

Gloucester, Ontario, dimanche matin, 10 h 59. La porte du vestiaire numéro 7 du Fred Barrett Arena s’ouvre à la volée, la saison commence ! Elle sera longue, elle sera dure, dure pour le corps, mais aussi pour le mental.

Au ralenti, dans ce qui aurait pu être de très belles images d’avant match à RDS, les filles sortent de la chambre. Le regard qu’elles ont est hypnotisant, déterminés et surtout, si «contagieusement» motivé. Sous les cliquetis de deux ou trois photographes amateurs, elles marchent comme des gladiateurs vers l’arène où elles meurtriront leurs corps pour l’amour du jeu, pour la passion du sport, envers et contre tous. Malgré le fait qu’elles jouent au plus haut calibre national, nous ne sommes pas beaucoup à les encourager ou à tout le moins reconnaître qu’elles contribuent à propager l’idée que faire du sport est une expérience positive et enrichissante pour les filles et les femmes.

Il faut dire qu’elles s’entrainent ou jouent trois jours par semaine, à leurs frais, malgré les devoirs, la carrière, les enfants, la popote, les activités familiales, et ce, dans la plus grande iniquité qui soit. Alors qu’un homme, à ce calibre de jeu, serait payé pour porter les couleurs d’une équipe, elles, elles payent pour se déplacer de Montréal vers Ottawa, vers Halifax, vers Toronto ou pire encore, vers l’Alberta. Bien qu’il s’agit d’un sport que nous avons inventé et qui de plus, est maintenant pratiqué dans d’autres pays tels que la Suède, la Finlande, la République tchèque, la Russie et le nord des États-Unis, il n’y a qu’elles pour le tenir à bout de bras et le faire vivre d’exploit sur la glace.

Lentement elles avancent, Mélanie Daraîche en tête de liste, la tête pleine de toute cette logistique de la semaine à venir et des remerciements qu’elle aura à formuler aux parents, qui généreusement gardent les enfants pendant les matchs. Engagées, elles posent le patin sur la patinoire laissant leurs lames mordre vigoureusement la glace. Elles inspirent l’air frigorifié de la surface de jeu, ferment les yeux et oublient les petits tracas de la vie. Une à la file de l’autre, elles embarquent sur la patinoire permettant à l’athlète en elles de prendre le dessus sur leurs rôles d’étudiantes, de mères et de professionnelles aguerris. L’instant d’un moment, elles deviennent l’élite de la ringuette, protagoniste d’une lutte à finir pour l’égalité entre les sexes dans le sport. L’instant d’un moment, elles partent à la conquête du championnat, face à l’une des puissances de la ligue.

Il ne faudra qu’une minute trente-sept secondes pour que Mélanie Daraîche enfile l’anneau avec l’aide de Mélanie Leclair et Karine Berthelet. C’est le premier but de la campagne et les fondations d’une gloire espérée. Le sourire que ce but provoqua était tout simplement royal. De l’avoir manqué fait de vous le plus grand des perdants. Espérons que vous aurez la chance de voir les prochains sourires qu’elles offrent gratuitement à chacun de leurs buts!